Les politiques à l’assaut de YouTube

Les candidats et leurs équipes redoublent d’efforts sur la plateforme vidéo pour valoriser leurs images et diffuser leurs idées, afin de créer plus de proximité avec leurs électeurs potentiels, surtout les plus jeunes. Néanmoins, tous n’ont pas tous la même aisance à s’adapter aux codes du réseau. Focus sur les différentes prises de parole des candidats sur YouTube.

Des approches différentes sur le réseau

Moyen de communication directe avec des électeurs potentiels, sans avoir à passer par le filtre des médias traditionnels, YouTube s’avère être une plateforme incontournable. Néanmoins, il existe de grandes disparités sur la manière dont les personnalités politiques communiquent sur la plateforme. A titre d’exemple, les publications du candidat Fillon sur YouTube sont axées principalement autour d’extraits de meetings ou d’interviews : il existe peu de contenus exclusifs, ni de vidéos où le candidat s’adresse directement aux internautes. D’autres, au contraire, vont adopter une communication dédiée. C’est le cas notamment de Jean-Luc Mélenchon qui publie ses « Rendez-vous De La Semaine », dans lesquels il reçoit des personnalités de la vie civile pour discuter de thématiques diverses et variées. Pour certains, YouTube est un moyen d’assoir leur stature présidentielle tout en montrant qu’ils sont à l’écoute des problématiques des Français. C’est ce que fait notamment Marine Le Pen lorsqu’elle répond aux questions qui lui sont posées par les internautes ou de Benoît Hamon avec ses vidéos « Mon engagement pour… », où le candidat du Parti Socialiste expose ses idées pour la France autour de thématiques ciblées (le sport, le nombre d’élèves par classe,..).
Mais au-delà de créer des contenus exclusifs, certains candidats vont plus loin, jusqu’à s’approprier des mécaniques qui étaient jusque-là seulement utilisées par les YouTubers.

Focus sur les bonnes pratiques

Des appels aux likes et aux partages pour mieux recruter. Déjà très utilisés par les YouTubers dans le but de diffuser leurs contenus au plus grand nombre, les mécaniques d’appels aux partages et aux likes sont également un moyen de recruter de nouveaux abonnés. Les politiques l’ont bien compris et encouragent leurs communautés à interagir sur les publications. C’est notamment le cas de Jean-Luc Mélenchon qui termine chacune de ses interventions par un appel à l’interaction : « Si cette chaîne vous plaît, abonnez-vous s’il vous plaît, mais avant ça : cliquez sur le pouce bleu, ça aide à la booster ! (…) Et puis, si vous voulez mettre un commentaire, il est le bienvenu : on essaie d’en tenir compte pour continuer à faire avancer cette chaîne ». Néanmoins, ce n’est que depuis quelques mois que sa chaîne YouTube a réellement décollé (elle existe depuis 2012 et servait essentiellement à diffuser les passages média du candidat), à tel point que le candidat de la France Insoumise atteint aujourd’hui les 232k abonnés sur sa chaîne. Le site Business Insider mettait d’ailleurs en exergue en décembre dernier le fait que le candidat enregistrait plus de nouveaux abonnés que la YouTubeuse Enjoy Phoenix, une référence sur la plateforme vidéo. Une stratégie qui semble donc fonctionner pour le candidat.

Des rendez-vous récurrents pour exposer ses idées. En créant des rendez-vous récurrents avec leurs audiences, les personnalités politiques peuvent rebondir régulièrement sur l’actualité et sortir des contenus traditionnels qui sont postés sur leurs chaînes (extrait d’émissions ou de meetings). Jean-Luc Mélenchon, l’un des politiques qui maîtrisent le mieux les codes de la plateforme, donne un rendez-vous hebdomadaire avec ses abonnés au travers de ses « Rendez-vous De La Semaine » (estampillés #RDLS). Le candidat à l’élection présidentielle va rebondir sur des sujets d’actualités, et promouvoir par la même occasion ses idées et ses opinions. C’est d’ailleurs au travers de ces vidéos que le candidat enregistre ses meilleures performances (en moyenne 192k visualisations contre 87k pour l’ensemble de ses posts). L’adoption de ce type de mécanique de périodicité et de contenus exclusifs est donc garant de meilleures performances, et par extension d’une meilleure diffusion de ses idées.

Une attitude et un environnement plus « détendue » pour travailler son im
age.
YouTube est également une plateforme où les candidats doivent adopter une attitude et un ton plus détendu aux yeux de leurs électeurs potentiels. Certains l’ont bien compris et adaptent une partie de leurs publications en ce sens. C’est le cas par exemple de Nicolas Dupont-Aignan, qui apparaît dans certaines de ses vidéos sans costume ni cravate, s’adressant directement aux internautes ou encore de Florian Philippot qui filme la plupart de ses vidéos dans la cafétéria du Front National dans un environnement plus décontracté, le tout pour créer plus de proximité avec les internautes. Loin d’être anodine, ce type de mise en scène joue directement sur l’image des politiques et sur la perception que le grand public se fait de leurs personnalités et de leur manière d’être.

Des formats courts et de la vulgarisation pour plus de pédagogie. Certains politiques ont également choisi de varier les contenus sur leurs pages. Plutôt que de diffuser uniquement des extraits d’émissions ou des meetings, qui pour la plupart dépassent une heure, ils choisissent de pousser des contenus courts dans lesquels
ils vont présenter durant quelques minutes leurs programmes ou leurs avis sur une thématique en particulier. C’est encore le cas de Florian Philippot avec ses vidéos « Parlons-en » ou de François Asselineau et ses « Une minute pour comprendre ». Ces courts contenus vidéo sont ceux qui rencontrent le plus de succès sur le réseau puisqu’ils sont généralement les plus visualisés. C’est un moyen pour les politiques de segmenter leurs programmes et de diffuser leurs positions sur tel ou tel sujet. La candidate du Front National est également friande de ce type de formats courts. En effet, Marine Le Pen met en avant depuis quelques semaines la série « Marine répond à vos questions ». Des vidéos d’une minute dans lesquelles la candidate répond aux questions d’un internaute autour de thématiques qui le préoccupe.